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Lorin

A propos de l'auteur..

Né à Moulins en 1953, il a passé sa jeunesse dans le Bourbonnais;  il s'engage à 16 ans dans l'Armée de l'Air; après une carrière très riche  durant laquelle il voyage beaucoup à travers le monde, en particulier en Afrique sur des terrains de conflits, il s'essaie à plusieurs métiers, à Vichy et dans la région parisienne, avant de terminer sa vie professionnelle dans une compagnie aérienne.

Depuis sa retraite en 2013, il profite de sa famille et voyage avec sa femme, Europe, Afrique, Amérique; il passe environ cinq mois par an dans sa maison du sud du Maroc, chez les berbères. http://aourir-matribu.over-blog.com/

En 2017, il écrit un  livret intime, "Une vie..", titre inspiré de Simone Veil et Maupassant, deux personnes qui lui sont chères, à l'intention de ses enfants, petits enfants et proches, ce qui lui donne le goût de l'écriture.

 

 

P’tit Jacques et les perdrix rouges   

1/ « Christian, il faut y’aller ». Je me souviens de cette voix qui me sortait de mon sommeil enfantin, plongé dans un lit effondré, près d’une vieille petite armoire ancienne défoncée que je trouvais magnifique : un pur moment de bonheur.

P’tit Jacques, mon grand-père, venait me réveiller pour aller chasser.

L’odeur du café, cuisant indéfiniment sur la cuisinière, accompagnait mon réveil ; j’avais comme déjeuner le lait frais, tiède, qui ne m’inspirait guère, mais qui, une fois la première gorgée avalée, se laissait boire. Le déjeuner était toujours un moment privilégié, avec son rituel de la tartine de beurre : ouverture du couteau, un Opinel bien sûr, puis après avoir découpé une tranche de pain, l’étalage méthodique de ce beurre, à l’odeur et au goût de noisette si typiques, toujours ancrés dans ma mémoire.

Puis, nous nous préparions ; c’était toujours très rapide. P’tit Jacques passait plus de temps sur le fusil que sur lui-même. Je faisais au plus vite, tout à l’exaltation des instants à venir. Nous partions.

Une fois le « barriot » fermé, la clé glissée sous le sabot près de la porte, nous prenions le chemin entre bois et champs. Il ne fallait pas longtemps, en général, pour voir les premiers gibiers ; mais, ce matin, nous allions aux perdrix rouges, pas les grises, qui n’avaient pas d’intérêt…

Rapidement, une compagnie était levée et les premiers coups de feu. Le chien s’affolait et nous ramenait la première et souvent seule victime. Nous rentrions, la perdrix chaude dans la besace, le chien excité n’arrêtant pas de remuer la queue et de tourner autour de P’tit Jacques.

2/ P’tit Jacques est mort. La vie a pris le dessus, avec son lot de bonheur et de malheur ; je ne voyais plus les perdrix, ni les grises, ni les rouges.

J’ai couru, encore et encore, et je ne le regrette pas, car il le faut bien pour remplir la bibliothèque de sa vie, mais je ne prenais pas le temps de profiter de tous ces ouvrages accumulés.

3/ Un jour, tout s’arrête : alors que la vie est bien réglée par le travail, les vacances, les repas de familles, l’entreprise ferme et le temps se fige ; toute la routine est remise en cause. Basta, ce n’est rien Christian, tu as vécu d’autres événements bien plus importants et pénibles !

Alors, je prends mon vélo tous les matins, et vais faire un périple d’une à deux heures dans la campagne environnante, à travers les bois et les champs de céréales.

Un matin, au détour d’un chemin traversant une immense étendue de blé recouverte d’une légère brume, une compagnie de perdrix rouges se met à piéter devant moi pendant quelques secondes avant de prendre son envol. Je m’arrête, complètement subjugué par cette image ; ce n’est pourtant qu’un simple envol d’oiseaux. Mais, je me rends compte que c’est beaucoup plus que çà : je revois P’tit Jacques et les perdrix rouges de mon enfance, l’armoire défoncée et toutes ces belles images, dans une odeur familière de café réchauffé.

J’ai retrouvé « mes perdrix rouges » et je suis heureux. Je reprends la balade tout en me promettant de ne plus passer à côté sans les voir. Régulièrement, en me promenant, je vois ce spectacle, souvent aux mêmes endroits, et chaque fois, je m’arrête et en profite un grand moment.

J’ai aussi remis en état la vieille petite armoire, et tous les matins, elle me rappelle que le bonheur n’existe que par les petits bonheurs que l’on se donne et qui, souvent, viennent de l’enfance.

Je commence à profiter de ma « bibliothèque de la vie » tout en continuant à l’alimenter, bien sûr.

4/ Maintenant, je suis grand-père et souvent je me demande quelles seront les perdrix rouges de Dylan….

mai 2004

 

 

*

 

Il profite de la période de confinement de mars 2020, pour se lancer dans la rédaction de son premier roman, Lorin.

 

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